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Ce 28  avril 2026, journée internationale de la santé et de la sécurité au travail, la CGT appelle comme chaque année à la mobilisation pour qu’enfin de réelles mesures soient prises pour en finir avec la mort ou les blessures graves au travail.

Dans le monde, chaque année, on dénombre près de 380 millions d’accidents du travail, entraînant absences, handicaps… voire la mort : plus de 3 millions de décès sont liés aux accidents du travail ou aux maladies professionnelles.

En 2024, le bilan de la Sécurité sociale dénombre 1 297 morts au travail ou par le travail (auxquels il faut ajouter les travailleur·ses dépendant du régime agricole, des régimes spéciaux, de la fonction publique, et les indépendant·es, non comptabilisé·es dans le rapport) :

  • 764 décès à la suite d’un accident de travail ;
  • 318 à la suite d’un accident de trajet ;
  • 215 décès à la suite d’une maladie professionnelle.

C’est un scandale national, plus de 3 morts par jour – invisibilisées ou traitées le plus souvent comme de simples faits divers

DANS LA FONCTION PUBLIQUE
Inverser la logique, organiser des conditions de travail non pathogènes

En 2025, la DGFIP a enregistré 19 suicides et 21 tentatives de suicides. L’Education nationale reconnaît 58 suicides en 2018-2019, dernier chiffre officiel. Tous les ministères sont concernés mais il n’existe pas de comptage national consolidé des suicides dans la fonction publique, véritable scandale politique et angle mort majeur de la politique de prévention.
Depuis des années, les personnels paient le prix des restructurations permanentes, des suppressions de postes et de l’intensification du travail. Les moyens baissent, nos missions s’élargissent et les injonctions contradictoires se multiplient. Résultat : usure professionnelle, perte de sens, explosion des risques psychosociaux et de la souffrance des agents. Quand on n’a plus les moyens de bien faire son travail, c’est toute l’identité professionnelle qui s’effondre et avec elle la santé des agent·es. La loi de transformation de la fonction publique a encore aggravé la situation: affaiblissement des instances, individualisation des parcours, contractualisation. Loin de “moderniser”, ces choix fragilisent les collectifs et isolent les agents.
Avec la fusion des instances et la disparition des CHSCT de plein exercice, la santé au travail a été reléguée à l’arrière-plan. En parallèle, on multiplie les dispositifs individuels : cellules d’écoute, numéro vert, accompagnement psychologique… Une vraie politique de prévention s’attaque aux causes et donc aux sous-effectifs et à l’organisation du travail. C’est toute la logique qu’il faut inverser : on ne doit plus gérer la souffrance mais organiser des conditions de travail non pathogènes. Sur le papier, le cadre juridique de la prévention existe : document unique d’évaluation des risques, plans annuels de prévention, registres, procédures d’alerte et droit de retrait, médecine de prévention, etc. Dans les faits, nombre d’employeurs publics ne respectent pas leurs obligations. Combien de services sans DUERP à jour, sans plan de prévention concret, sans suivi des fiches de registres santé-sécurité ? Combien de « plans » qui restent dans les tiroirs, sans moyens, sans calendrier, ni contrôle ? C’est le bilan que l’UFSE tire du premier plan santé au travail. Tant qu’aucun employeur public ne risquera concrètement quelque chose à ne pas respecter ses obligations la prévention restera un discours. Il faut introduire des mesures coercitives !

Nos revendications

– Une mise en conformité systématique de l’ensemble des services avec le cadre légal de prévention
– Un dispositif national harmonisé de traçabilité des accidents de travail, des maladies professionnelles et des morts au travail, avec des données publiques et opposables.
– Un corps de contrôle dédié aux conditions de travail dans la fonction publique, avec des effectifs suffisants et des pouvoirs étendus, sur le modèle des inspecteurs du travail.
– L’introduction de véritables mesures coercitives envers les employeurs publics défaillants, sur le modèle du code du travail
– Des recrutements massifs de médecins de prévention et des équipes pluridisciplinaires pour couvrir l’ensemble des services
– Des visites médicales régulières pour toutes et tous, renforcées pour les personnels exposés à des risques spécifiques ou en début/fin de carrière
– Des décharges de service systématique pour les assistants de prévention. Un financement pluriannuel identifié pour la prévention afin de sortir des dispositifs ponctuels et des effets d’annonce.

Télécharger le tract de l’UFSE-CGT pour la fonction publique

En 2025, 5 victimes étaient des mineur·es, apprenti·es ou lycéen·nes de moins de 18 ans.

C’est un bilan désastreux pour le gouvernement et le patronat, qui défendent l’entreprise comme lieu d’apprentissage tout en refusant de prendre en compte la réalité du travail et ses conséquences.

Les morts à la suite d’une maladie professionnelle sont aussi en augmentation. Les cancers professionnels sont encore nettement sous-déclarés, et souvent non considérés comme liés à l’activité professionnelle, faussant ainsi les statistiques et donc à terme la prévention nécessaire des risques et la réparation des préjudices subis par les victimes du travail.

À ces morts s’ajoutent des milliers d’accidents graves occasionnant des lourdes séquelles parfois durables et entraînant trop souvent un licenciement pour inaptitude.

L’accidentologie au travail n’est pas une fatalité

Les morts au travail ou du fait du travail et les blessures graves ne sont jamais le fruit du hasard et sont parfaitement évitables. Elles sont très souvent le résultat de choix patronaux délibérés de maximiser les profits. 
Le travail dans l’urgence, le défaut de prévention de façon générale et d’une prévention genrée (prenant en compte les situations de travail différenciées et les spécificités biologiques des femmes et des hommes), les organisations du travail délétères sont parmi les facteurs aggravants des risques professionnels.

Les actions dissuasives sont insuffisantes, les contrôles trop faiblement réalisés. 

Après avoir organisé la pénurie de médecins du travail, d’inspecteur·ices du travail et de contrôleur·ses de la Sécurité sociale dans les caisses régionales, il est temps de réinvestir dans ces emplois nécessaires à la prévention et au contrôle des risques au travail

La sécurité au travail n’est pas une priorité pour les pouvoirs publics en général, pour le ministère de la Justice en particulier – trop de procès-verbaux des inspecteur·ices du travail sont classés sans suite par les procureur·ses de la République, soit par manque de moyens soit par décision politique.

Les employeur·ses condamnés comme responsables d’un accident mortel reçoivent des peines peu dissuasives, des amendes dérisoires qui n’ont qu’un faible impact sur la prévention des risques.

Sanction dérisoire également pour la mise en œuvre du document unique d’évaluation des risques professionnels et sa mise à jour régulière : 1 500 euros d’amende n’incitent pas les employeur·ses à respecter cette obligation légale – et 50 % d’entre eux ne le font pas.

Combattre les risques au travail nécessite de renforcer les moyens des agent·es de l’État pour prévenir les risques et contrôler l’application de la loi.

L’OBLIGATION DE PREVENTION CONCERNE AUSSI L’EMPLOYEUR PUBLIC

Veiller à la santé et la sécurité des personnels n’est pas optionnel pour les employeurs publics, c’est une obligation juridique qui découle du décret de 1982. Quand les conditions de travail se dégradent, quand accidents, maladies professionnelles ou suicides surviennent, la responsabilité de l’employeur public peut être engagée. Cette obligation pour l’employeur implique des moyens renforcés et donc une politique de prévention exemplaire (évaluation réelle des risques, application des principes de prévention, information, formation, budgets adaptés).

Renforcer le pouvoir d’agir des salarié·es

Les gouvernements de Macron ont drastiquement limité l’intervention des représentant·es du personnel, et les CHSCT ont totalement disparu depuis 2020 tous secteurs confondus.

La CGT considère que cette situation participe à l’aggravation des conditions de travail et au recul en matière de prévention des risques professionnels.

Le pouvoir d’agir des salarié·es et de leurs représentant·es dans les entreprises doit être renforcé. En particulier, les CHSCT, institutions indispensables à la prévention des risques professionnels, doivent être remis en place, avec des prérogatives nouvelles, et être accessibles à tou·tes les travailleur·ses !

Tou·tes mobilisé·es le 28 avril !

La journée internationale de la santé et de la sécurité au travail est l’occasion de visibiliser les morts et blessures au travail évitables. Pour transformer le travail et arrêter cette hécatombe, exigeons :

  • l’obligation de la mise en œuvre du DUERP, un DUERP qui soit genré (obligation depuis 2014 qui n’est pas appliquée) avec contrôle de son application et de sa mise à jour ;
  • le renforcement de la protection des travailleur·ses et le respect du droit de retrait ;
  • une politique pénale du travail sévère condamnant fermement les employeur·ses responsables d’accidents graves au travail ;
  • la suppression du recours à la sous-traitance pour les activités à risques, et le renforcement des responsabilités et la condamnation des donneurs d’ordre. L’abus des niveaux de sous-traitance est un facteur aggravant !
  • un renforcement de la réglementation pour protéger la santé et la sécurité des salarié·es ;
  • la suppression des stages en entreprise dès le collège et des séquences « d’observation » en 2nde générale et technologique ;
  • l’amélioration des protections légales pour les mineur·es en formation professionnelle, notamment le rétablissement de celles supprimées en 2015 et 2018 ;
  • le retour des CHSCT et des délégué·es du personnel (DP), outil de proximité et de prévention par excellence, avec des prérogatives et une accessibilité renforcées ;
  • le doublement du nombre d’inspecteur·ices du travail, le renforcement des effectifs de contrôleur·ses Carsat (Sécurité sociale), avec de plus larges prérogatives coercitives (arrêt de chantiers et travaux dangereux) ;
  • l’assurance de l’indépendance et de la protection de tou·tes les acteur·ices de la santé au travail, y compris des médecins du travail et des équipes des SPSTI.