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Madame la cheffe de service,

La CGT Educ’action administration centrale  vous remercie pour la transmission du document de travail présenté par l’administration lors du GT du 10 février sur l’organisation du travail et nous réitérons nos excuses de n’avoir pu y participer en raison de la tenue de notre assemblée générale. Comme vous le savez, la question de l’organisation du travail est au cœur des préoccupations des agents et des revendications de la CGT. Nous nous réjouissons donc vivement que l’administration ait accédé à notre proposition et consacre un groupe de travail à ce sujet.

Un problème de périmètre

Nous sommes cependant assez déçus à la lecture du document. Le périmètre du GT est en effet fluctuant. L’entrée d’agenda mentionne « Organisation du temps de travail ». Le document précise lui que le GT portera sur les questions de : « l’organisation du travail et sur la santé et la sécurité au travail ». 

La question de la santé et de la sécurité au travail est essentielle mais doit être traitée à part et dans le cadre de la formation spécialisée ou un des GT émanant de cette instance. Ces questions sont trop vastes pour être abordées dans le même cadre.

Quant à la question de l’organisation du travail qui devait à notre sens être seule à l’ordre du jour de ce GT, nous ne comprenons pas que l’administration l’ait presque restreinte aux questions de temps de travail (horaires, aménagements horaires, ASA, gestion des temps de travail). La question des temps de travail a été largement abordée dans le cadre du GT sur le règlement intérieur lors de sa refonte. Pour la CGT, ouvrir la question des horaires (plages fixes et variables) n’est ni une bonne idée ni une priorité et nous y sommes plutôt opposés. La question des espaces de discussion sur le travail n’arrivent qu’en dernière position avec une seule diapositive et sans mise en contexte, c’est dommage.

Une vision réductrice de l’organisation du travail

En se cantonnant à des aspects réglementaires sur le temps de travail et les autorisations d’absence, l’administration semble ignorer les enjeux fondamentaux liés aux conditions de travail, à l’autonomie des agents et à la nécessité du sens dans le travail, et plus encore qu’ailleurs au sein du service public. En octobre 2023, la CGT a invité Thomas Coutrot à l’occasion de la parution du livre qu’il a codirigé avec Coralie Perez issu de la l’enquête Conditions de Travail de la DARES Redonner du sens au travail. Il y montre en bien en quoi l’organisation du travail est un facteur déterminant de la santé mentale et de l’épanouissement professionnel. La CGT a même offert ce livre à l’ensemble des directeurs d’administration centrale en janvier 2024. La CGT l’a exprimé à maintes reprises en instances, lors d’audiences bilatérales avec le secrétaire générale, le SAAM, les directions : pour nous la question centrale de notre ministère il faut interroger les procédures d’organisation du travail pour redonner du sens au travail et des marges d’autonomie aux agents. Or toutes ces questions, nous ne les retrouvons pas dans l’approche présentée dans le document.

    Notre administration centrale s’est recentrée sur des missions de pilotage national et la composition de son personnel le montre bien : les personnels de catégorie A et A+ représentent aujourd’hui 71,3% des effectifs (respectivement 47,7% et 23,6%) selon le dernier rapport social unique. Or comme le montre l’enquête conditions de travail 2024 un profond sentiment de déqualification touche de nombreux personnels, trop souvent enfermés dans des tâches répétitives et déqualifiantes, tandis que les responsabilités intéressantes sont accaparées par la hiérarchie ou externalisées. Ce manque de reconnaissance et de marges de manœuvre est une source de frustration et de démotivation . A grade, compétences et diplômes équivalents, les agents en administration déconcentrée ou en établissement occupent des postes à responsabilité ; en administration centrale, ils sont trop souvent confinés à un portefeuille réduit de tâches d’exécution et enfermés dans des chaînes de validation et des procédures infantilisantes : trop souvent, une hiérarchie tatillonne ne leur laisse aucune marge de manœuvre ou autonomie. Trop souvent le moindre courrier, la moindre note met des semaines à être validée. Ce que les agents nous font également largement remonter, c’est l’impression de qualité empêchée, liée à soit à ces procédures, soit à une surcharge de travail. Il nous paraît nécessaire de repenser l’organisation du travail pour mieux s’appuyer sur les compétences des agents et leur expertise professionnelle.

    Nos revendications et propositions pour repenser l’organisation du travail

    La CGT Educ’action administration centrale revendique une refonte en profondeur de l’organisation du travail, fondée sur des principes permettant de mieux répondre aux attentes des agents et à leurs missions de service public :

    1. – Revoir les circuits de validation : Il est nécessaire de déconcentrer dès que c’est possible et pertinent les validations pour raccourcir au maximum les circuits de validation et trouver le bon niveau de signature. La CGT rappelle sa revendication : « trois signatures, c’est un maximum ! » A ce titre, nous saluons le travail qui a été menée dans plusieurs directions parmi lesquelles la DAJ, la DGRH et la DGESIP. Il nous paraît essentiel qu’il soit mené sur l’ensemble des directions. Une impulsion du SAAM sur ce dossier dans le dialogue avec les directions serait un très bon signal.
    2. – Mise en place d’un plan chargé d’études : sur le modèle du travail mené avec le plan managérial et sur les assistantes de direction, il nous paraît nécessaire de lancer des travaux similaires pour lutter contre le « blues du chargé d’études » (que nous dénoncions déjà en 2018 !) et notamment de clarifier les compétences attendues mais aussi et surtout le niveau de responsabilité du chargé d’études sur son champ d’expertise.
    3. – Co-construction du programme d’activité : répartition des dossiers, révision régulière de la charge de travail au vu des urgences et du travail de fond à mener, actualisation du périmètre d’activités et des missions prises en charge par l’équipe
    4. – Plan d’actions contre les tâches répétitives et d’anticipation des pics d’activité : inciter les directions à travailler au plus près des équipes sur ces deux axes essentiels
    5. – Mise en place systématique de procédures claires de collaboration de travail avec les cabinets : les chartes de travail avec les cabinets doivent être systématisées à chaque nouveau cabinet et appliquées pour protéger les équipes des sollicitations directes, de la pression et de la surcharge de travail qui en résulte. Les chefs de service doivent veiller à systématiquement reformuler les demandes et les intégrer au plan de charge du service.
    6. – La création d’un volant de remplaçants pour suppléer aux absences anticipables : notre récente plongée dans les archives de la CGT nous a permis de remettre la main sur une proposition de l’administration de 1982 qui pourrait être remise au goût du jour (et que nous tenons à votre disposition). Cette question des remplacements, notamment des congés maternité et parentaux, pourrait aussi être un levier d’égalité femmes / hommes sur le modèle du travail mené au sein de la DGE qui en fait une de ses actions en faveur du soutien à la parentalité. Ils peuvent aussi être pertinent pour les CLM, CGM et CLD. Le vivier des agents en instance d’affectation auquel rien n’est actuellement proposé pourrait alimenter ce volant de remplaçants mais il pourrait aussi s’agir d’agents en réflexion sur une reconversion et cherchant à découvrir d’autres secteurs d’activités au sein du ministère.

    La mise en place d’espaces de discussion sur le travail (EDT) que propose l’administration sur le modèle initié par la DGAFP va dans le bon sens, encore faut-il que soit précisé le périmètre de ces EDT. Plus exactement, les espaces de discussion doivent encourager le dialogue direct, sans présence de la hiérarchie, afin de permettre un véritable échange d’idées. Une organisation transversale et collaborative, plutôt que verticale, serait plus adaptée à un environnement épanouissant pour les agents. Il nous paraît donc nécessaire que ces EDT ne soit pas occupationnels et que leurs propositions aient un impact réel sur l’organisation du travail. A ce titre, l’exemple des groupes métiers au sein de la DGRH nous interroge : si la discussion transversale entre pairs est intéressante et nourrit les agents, elle est aussi source de frustration quand elle n’aboutit à aucun changement concret dans le quotidien de travail. Il est nécessaire de prévoir dans le plan de charge de la direction et des agents qui y participent ces temps de travail. Par ailleurs la CGT considère que c’est bien au sein des collectifs de travail que doit être menée cette réflexion pour qu’elle ait une chance d’aboutir.

    Nous rappelons évidemment que nos revendications s’inscrivent dans un cadre de création des postes à hauteur des besoins et que nous continuerons à appuyer toutes les demandes de création de postes des directions.

    La CGT Educ’action Administration Centrale appelle l’administration à prendre en compte ces revendications et à ouvrir un véritable dialogue sur l’organisation du travail. Il est temps de passer d’une vision comptable et réglementaire à une approche humaine et ambitieuse, qui place les agents au cœur du service public, en favorisant leur autonomie, leur épanouissement et leur implication dans la construction des services publics de demain.