La CGT a rencontré le ministre de l’éducation : compte-rendu de notre audience

La CGT Educ’action administration a sollicité une audience auprès du ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray. Avoir un ministre qui a été successivement DGRH puis DGESCO était pour nous une occasion à saisir pour porter au plus haut niveau nos revendications et pour dénoncer les problèmes structurels que pose le fonctionnement de notre administration centrale sur lesquelles nous attendons un véritable réponse politique. Nous avons pu être reçus rapidement et nous vous livrons un compte-rendu de notre audience du 20 janvier 2026, entre la CGT Éduc’action – administration centrale et le ministre accompagné de sa conseillère en charge du dialogue social, Marjorie Koubi, et en présence de Thierry Le Goff, secrétaire général et de Marie-Hélène Perrin, cheffe de service du SAAM. Pour la CGT, étaient présents Jean de Labrusse et Juliette Caillaudeau, co-secrétaires généraux de la CGT Educ’action administration centrale et Sylvie Aebischer.

Dans l’ensemble le ministre s’est montré très à l’écoute, prêt au dialogue et s’est retrouvé dans nombre de nos diagnostics. Le ministre a aussi pris plusieurs engagements pour répondre à son niveau aux problèmes soulevés. Nous attendons donc de les voir se concrétiser !

La CGT a d’abord abordé la question des commandes cabinet qui est celle sur laquelle un ministre peut agir le plus directement. L’urgence et l’immédiateté qui caractérisent le temps politique ne doivent pas impacter les conditions de travail des personnels et il faut en finir avec les commandes politiques incessantes, toujours plus urgentes, qui mettent les équipes sous pression et empêchent de mener le travail de long court qui est aussi au cœur de leurs missions. Nous avons rappelé également la nécessité que le cabinet s’adresse aux directeurs et non directement aux équipes : c’est à l’encadrement supérieur de réguler les commandes et la pression qui les accompagne qui ne doit pas peser sur les agents.

Réponses du ministre :

  • Le ministre Édouard Geffray s’est montré attentif à cette situation qu’il connaît bien et a exposé les mécanismes de régulation qu’il a mis en place. Une commande cabinet doit correspondre à un conseiller cabinet et un interlocuteur unique dans la direction (niveau directeur, chef de service ou sous-directeur) pour ne pas multiplier les demandes et faire descendre la pression à tous les échelons de la direction.
  • Connaissant bien la situation du côté des directions, il a aussi demandé à ses conseillers de freiner les frénésies de micro-commandes. Il espère que les agents le ressentent et reste ouvert à tout signalement de difficultés sur ce point qu’il s’engage à réguler immédiatement.

La CGT prend note et engage tous les agents qui constateraient des problèmes sur le sujet à nous faire remonter les difficultés rencontrées.

La CGT a rappelé que la surcharge de travail qui caractérise de nombreux services s’accompagne trop souvent d’un problème parallèle de manque d’autonomie et de sentiment de déqualification. L’administration centrale est aujourd’hui principalement constituée de personnels de catégorie A voire A+ (71%) et l’organisation du travail n’a que trop rarement pris en compte cette mutation. Trop souvent sont cantonnés à des tâches répétitives ou à faible valeur ajoutée, qui ne correspondent pas à leurs compétences ou leur niveau d’expertise, ils se retrouvent confrontés à une hiérarchie infantilisante et un manque de considération et de valorisation. Burn-out et bore out font malheureusement bon ménage dans notre administration centrale. La CGT a rappelé sa revendication d’un plan « chargés d’études » pour revoir les missions des agents et les modes d’organisation du travail.

La CGT a complété en dénonçant les circuits de validation trop lourds qui constituent une vraie perte d’efficacité pour l’administration et conduisent à une perte de sens pour les agents. Elle a rappelé sa revendication : 3 signatures, c’est un maximum ! Il est nécessaire que les agents, compétents sur leurs dossiers, puissent agir sans blocage hiérarchique.

Réponses du ministre :

  • Il reconnaît la justesse du diagnostic et regrette la situation. Selon lui, l’administration se prive de 90% des cerveaux disponibles en ne mettant les chargés d’études en situation de création. Pour lui ces dysfonctionnements relèvent avant tout des pratiques managériales qu’il faut faire évoluer. Pour lui, le ton doit être celui de la confiance envers les agents et leur capacité à proposer et non seulement exécuter. Édouard Geffray a reconnu la complexité et la lourdeur des procédures et la faiblesse de certaines pratiques hiérarchiques ainsi que les failles d’un management trop vertical.
  • A son niveau, il a d’ores et déjà demandé que soient systématiquement associés lors des réunions de travail cabinet / direction les chargés d’études qui ont contribué au dossier (s’ils le souhaitent) pour reconnaître l’ensemble de la chaîne de travail et que les dossiers ne soient pas appropriés par la hiérarchie au détriment des agents.
  • Il reconnaît la nécessité d’un engagement fort de l’encadrement supérieur pour faire évoluer les pratiques managériales et propose de réunir l’encadrement pour porter ce discours. Il demander au SG et à la cheffe d’organiser une rencontre avec l’ensemble des directeurs, chefs de service et sous-directeurs. Il faut notamment que les rencontres managériales organisées en octobre trouvent des suites concrètes dans l’organisation du travail.
  • Sur les circuits de validation trop longs, là aussi il reconnaît la nécessité d’un travail dans chaque direction, en fonction de ses propres enjeux mais aussi d’une appropriation effective des délégations de signature qui souvent existent déjà. Il faut aussi bien distinguer circuit de validation et information des différents niveaux dans la hiérarchie : pour lui, c’est une piste pour raccourcir les décisions. Le point pourra aussi être porté dans la réunion de l’encadrement supérieur.

La CGT prend note de ces engagements et attend avec impatience la tenue de cette réunion de l’encadrement supérieur et d’en voir les effets sur le terrain.

La CGT a également dénoncé le paradoxe selon lequel seuls les parcours d’encadrement sont valorisés au sein de notre administration centrale sans que les encadrants ne puissent bénéficier ni d’une vraie formation et d’un soutien dans leurs pratiques managériales, ni ne soient vraiment évalués sur leurs compétences en matière d’animation d’équipe et d’accompagnement de leurs agents.

La CGT a rappelé que la catégorisation des groupes RIFSEEP ne reconnaissait aujourd’hui que les parcours d’encadrement, et ce dans l’ensemble des catégories. C’est d’autant plus absurde pour le corps des ITRF qui est un corps technique et d’expertise, mais c’est aussi vrai pour les corps administratifs comme les PTP ou les corps propres au ministère de l’éducation nationale. Dans une administration de 3600 agents, il est nécessaire de valoriser d’autres types de carrière que l’encadrement et reconnaître la technicité et la contribution réelle des agents et leur engagement professionnel. La CGT a ainsi pointé que la survalorisation des parcours d’encadrement conduisait aussi à des erreurs de recrutement dans certaines équipes : l’encadrement étant la seule possibilité d’évoluer. La CGT a rappelé qu’une meilleure attractivité passe aussi par un encadrement formé, à l’écoute, et réellement engagé dans la promotion du collectif de travail.

La CGT a également rappelé sa demande de revoir les grilles d’évaluation des encadrants. Si l’on veut que les modes d’organisation du travail évoluent, il faut que l’évaluation des encadrants valorise justement les qualités d’animation d’équipe et la capacité à faire progresser ses agents, les accompagner dans une montée en compétences et en autonomie, plutôt qu’à évaluer les encadrants sur l’activité de leur bureau et finalement leur expertise sur les dossier de leur structure.

Réponse du ministre :

  • Il se dit favorable à une réflexion sur la modernisation des pratiques managériales, où la promotion ne doit pas être synonyme d’expertise sur les dossiers ancienneté mais de compétences à encadrer humainement et d’appétences pour les questions d’animation d’équipe. Le point pourra également être abordé lors des rencontres avec l’encadrement supérieur.
  • Il se dit favorable à un travail sur les grilles d’évaluation des encadrants et reconnaît que ces items manquent dans les entretiens professionnels tels qu’ils sont pratiqués actuellement. Il engage le SG et le SAAM à travailler sur le sujet
  • Sur la question de la catégorisation des groupes RIFSEEP, il voit la difficulté mais la réponse de la cheffe du SAAM sur la possibilité de valoriser dans les groupes actuels toutes les carrière lui paraît déjà une réponse.

La CGT regrette de n’avoir pas pu convaincre sur les groupes RIFSEEP mais sait que le travail sur le sujet continue avec le SAAM ! Elle salue l’engagement à travailler sur les grilles d’évaluation des encadrants et portera le sujet dans les instances administration centrale pour que les propos du ministre se traduisent en engagements concrets.

La CGT a rappelé la nécessité pour l’administration d’avancer sur la prise en charge des signalements en cas de situation de RPS ou de souffrance au travail avérée. Des cas de dysfonctionnements réels existent dans l’administration, comme de management pathogène. Quand des situations de souffrance au travail sont signalées, qu’il s’agisse de situations individuelles ou collectives, il est nécessaire que l’administration réagisse plus rapidement et traite vraiment les situations. La CGT reconnaît que l’administration a progressé sur la reconnaissance du problème, qu’elle a mis en place des dispositifs (cellule d’écoute, pôle d’accompagnement). Pour autant certaines situations signalées ont mis 2 ans à être résolues. La CGT a par exemple signalé récemment une série de situation au sein de la DGESCO et attend de l’administration enfin des réponses rapides et à la hauteur.

La CGT rappelle sa demande de mise en place d’indicateurs RH dans l’ensemble des structures pour détecter les situations de tension (turn over, arrêts longs). Elle a fait régulièrement la demande à l’administration de communication de ces indicateurs.

Réponses du ministre :

  • Il reconnaît que la prise de conscience de ces problèmes dans l’administration a été trop tardive et qu’il n’en a lui-même sans doute pas toujours été assez conscient. Il reconnaît cependant la nécessité d’une réponse adaptée de l’administration
  • Sur le partage des données, il y est favorable quand elles existent (à sa connaissance, au niveau sous-direction plutôt que bureau) mais partage son expérience que ces données ne parlent qu’avec une connaissance précise des situations
  • Sur la capacité de réaction de l’administration, il admet qu’il faut garantir une réaction de premier niveau avec un accusé de réaction systématique en cas de signalement et une prise en charge (audition des agents). Il admet la nécessité d’une nécessité de réaction rapide et ferme en cas de problème criant. Mais il dit aussi que pour les cas complexes, il faut des enquêtes administratives qui rallongent toujours les délais. Il reconnaît la nécessité de fixer rapidement un délai de réponse de l’administration par exemple 3 ou 4 mois pour ne pas laisser les situations s’enkyster.

La CGT continuera donc à demander la communication des données RH. Sur la prise en charge des signalements, les réponses sont encourageantes mais nous attendons des actes. Nous avons notamment signalé une situation préoccupante sur laquelle nous espérons que l’administration montrera sa capacité à agir rapidement et fermement.

Sans vouloir refaire le match sur les choix d’aménagement en open space, flex office et suppression des cloisons sur le futur site de Gentilly, la CGT a rappelé à quel point le projet Poiscaille pourrait être source de RPS, clairement identifiées dans le rapport de l’ANAPREV. Les transformations des modes de travail imposées par la DIE sur le site Poiscaille posent problème, ce sont des changements opérés sur du temps longs dans le secteur privé et de façon progressive. A Gentilly, ils seront imposés d’un coup et de façon brutale ! Il est impératif que l’administration réfléchisse sérieusement à répondre aux risques identifiés et pas seulement en les inscrivant dans son document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP).

La CGT a également rappelé l’attachement des agents à l’association d’entraide (AE) et comprend difficilement la réticence de l’administration à continuer à travailler avec l’AE pour la restauration sur le futur site de Gentilly. La CGT en a profité pour interroger le ministre sur le devenir des centres de documentation.

Réponses du ministre :

  • Le ministre espère que cette nouvelle implantation et cette nouvelle organisation du travail sera plus transversale (effet de mode s’il en est) et surtout moins vertical.
  • Il est conscient que les changements seront importants et compte sur les services du SG et du SAAM pour accompagner les directions dans l’appropriation de ces changements.
  • Le ministre s’est dit conscient de ces enjeux et a rappelé son attachement à ce que ce déménagement soit accompagné humainement, avec écoute et anticipation.

La CGT ne peut évidemment se satisfaire de ces réponses et continuera à suivre de très près le projet Poiscaille pour défendre les conditions de travail des agents.

La CGT a attiré l’attention sur deux sujets qu’il pourrait porter en interministériel et qui concernent les agents de catégorie C. Nous lui avons rappelé qu’au-delà de l’administration centrale, il était à la tête d’une administration qui compte majoritairement des agents de catégorie C dans la filière administrative et qu’au vu du poids numérique du ministère de l’éducation, il fallait qu’ils défendent la cause de ces personnels. La CGT lui a ainsi demandé de porter le déplafonnement du CIA pour les catégories C (plafond actuel 1320€ et 1350€) et la révision des modalités de reclassement lors du passage de C en B qui sont aujourd’hui extrêmement défavorablement (gain moyen entre 5 et 12 points selon les grades).

Réponses du ministre :

  • Il nous a remercié d’avoir attiré son attention sur les sujets et assuré qu’il tenterait de les défendre au niveau interministériel

La CGT continuera à pousser à tous les niveaux pour faire bouger ces sujets. Elle a également salué les annonces du ministre de la fonction publique David Amiel qui a annoncé le 13 janvier lors du conseil commun de la fonction publique une augmentation des promotions en catégorie B et C pour l’année 2027… mais elle attend des actes et que les annonces soient concrétisées.

La CGT a remis au ministre son tableau des répartitions des promotions par direction et lui a demandé de garantir une juste répartition des promotions sur l’ensemble des services. Nous avons également insisté sur la nécessité de transparence : les taux de promus/promouvables doivent être accessibles et analysés direction par direction. Il faut également augmenter le nombre de promotions pour une vraie politique RH.

La CGT a dénoncé les situations inacceptables des agents placés en instance d’affectation après une mobilité, un détachement ou un congé maladie de longue durée, parfois depuis plusieurs années et condamnés à devoir perpétuellement chercher un poste et se vendre, à mesure qu’ils perdent confiance dans leurs compétences et dans l’administration. Ces collègues vivent une forme de maltraitance institutionnelle et ont droit à une affectation et pas seulement une « mission » dans une direction qui ne souhaite pas toujours les accueillir dans ses effectifs.
Enfin la CGT revendique la publication intégrale des rapports d’inspection générale, gage de transparence et de confiance collective. La transparence n’est pas une option : elle conditionne la confiance des agents envers leur administration.

Réponses du ministre :

  • Il n’est pas défavorable aux données par direction mais rappelle la nécessité de les contextualiser en fonction du nombre de promouvables
  • Sur les instances d’affectation, s’est dit favorable à un accompagnement renforcé, incluant des formations de reprise d’activité et de meilleures pratiques inspirées d’autres ministères. Il est intéressé par le travail du SAAM qui propose de remettre l’agent à disposition de sa direction d’origine
  • Le ministre a affirmé être favorable à cette logique mais reste attentif à éviter les récupérations politiques ou une instrumentalisation politique des données.

A suivre…

L’audience s’est tenue dans un climat d’écoute réelle et de respect mutuel. La CGT salue la disponibilité du ministre, du secrétaire général et de la cheffe du SAAM, qui se sont montrés attentifs, ouverts et pleinement conscients des difficultés évoquées. Toutefois, la CGT espère que les annonces se traduisent en actes et nous resterons vigilants sur l’ensemble des sujets abordés. La CGT continuera d’agir, avec détermination mais dans l’esprit du dialogue social, pour défendre les droits, la dignité et la reconnaissance des personnels parce qu’une administration centrale attractive est une administration qui respecte et qui écoute celles et ceux qui la font vivre chaque jour.