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Des feux de poubelles et des dégradations : voilà ce que les chaînes d’information et le gouvernement choisissent de retenir du mouvement lycéen. Ne laissons pas ces images, aussi spectaculaires soient-elles, nous détourner de l’essentiel. Il se passe quelque chose d’important qui questionne notre démocratie, notre système éducatif comme les choix budgétaires du gouvernement. La CGT Educ’action affiche son soutien au mouvement et appelle les collègues à participer autant qu’ils le peuvent à la journée du 6 octobre. Mais le mouvement doit aussi nous amener à regarder en face notre ministère et interroger le budget de nos services publics comme les politiques scolaires. Dans ce message, quelques réflexions, un appel à sécuriser la mobilisation lycéenne mardi 6 et une invitée (Laurence de Cock) pour une prochaine conférence CGT en novembre !

Des revendications évidemment légitimes

Depuis plusieurs jours, les lycéen·nes se mobilisent partout en France parce qu’ils et elles refusent de voir leurs conditions d’études continuer à se dégrader. Ils et elles demandent des professeur·es, des infirmier·es scolaires, CPE, assistantes sociales, AESH, des locaux dignes, des effectifs réduits et tout simplement le droit de construire leur avenir sans être livré·es au tri social et à la sélection. Les images de l’état des lycées de banlieue en Ile de France sont particulièrement saisissantes (rats, plafonds détruits, murs gorgés d’eau…), mais c’est partout en France que la situation est catastrophique. C’est une des raisons pour lesquelles la CGT Educa’ction revendique avec l’AES un grand plan d’urgence pour le bâti scolaire. Il manquait au moins un enseignant dans 53% des lycées à la rentrée et 67% dans l’académie de Versailles et même 71% dans l’académie de Toulouse. 7,2% des heures de cours ne sont pas assurées faute de profs disponibles ou de remplaçants et 4000 postes ont été supprimés en 2026 et le PLF 2027 en prévoit encore 1588 ! Donc oui, l’éducation nationale a besoin de moyens, les établissements ont besoin d’investissement et les lycéens ont besoin d’être entendus !

Refuser la disqualification du mouvement

Nous ne pouvons accepter que le mouvement soit disqualifié en le résumant à des dégradations et de la violence. Le ministère ferait mieux de regarder pleinement la violence et notamment celle de la répression policière absolument disproportionnée qui doit tous nous inquiéter. Comment peut-on assumer des tirs de LBD sur des jeunes mineurs ? Comment une démocratie peut-elle accepter que des adolescents perdent un œil, des dents pour avoir demandé à être entendus ? On dénombre déjà 5000 interpellations, c’est déjà la moitié des interpellations totales du mouvement des gilets jaunes, c’est 1500 de plus que lors des émeutes qui avaient suivi la mort de Nahel en 2023. Jeudi, déjà 1783 interpellations avaient donné lieu à des garde-à-vue. La répression est inédite et totalement disproportionnée. Au lieu de jouer la carte de l’intimidation, le gouvernement doit miser sur l’apaisement et choisir la désescalade. Nos camarades de la CGT Intérieur / Police le disent très bien : la répression n’est pas la bonne réponse et il faut de manière urgente retirer les polices et gendarmes des portes des lycées.
Le monde titre le matin sur le mouvement lycéen et rejoint notre analyse : « Parti d’une mobilisation spontanée en banlieue parisienne, ce mouvement, inédit depuis des décennies par son ampleur, traduit une angoisse plurielle, à la fois en raison de conditions d’enseignement qui se sont objectivement dégradées et des perspectives d’avenir incertaines. La réponse du gouvernement, essentiellement répressive, risque de renforcer la colère. »

Le gouvernement ne doit pas non plus répondre à cette mobilisation par la fermeture des établissements et le basculement contraint vers l’enseignement à distance, en espérant tuer le mouvement dans l’oeuf. Il doit ouvrir un dialogue réel avec les organisations lycéennes, les personnels et leurs organisations syndicales, garantir le droit des jeunes à se réunir, débattre, s’organiser et manifester et mettre fin à la logique qui répond à des revendications éducatives par le maintien de l’ordre. Le droit d’expression, de réunion et de manifestation des lycéen·nes doit être garanti par les pouvoirs publics. Le ministre annonce un travail sur la démocratie lycéenne, il est temps, mais saura-t-il dépasser la simple communication ?

Au coeur du mouvement : la question budgétaire 

Le 29 septembre, les agents publics se sont mobilisés à l’appel de l’intersyndicale de la fonction publique. Nous étions dans la rue pour exiger l’augmentation du point d’indice et son indexation sur l’inflation, des salaires à la hauteur de nos qualifications, des conditions de travail dignes et des moyens pour exercer nos missions de service public. Le même jour, les lycéen·nes faisaient entendre leur colère. Ces mobilisations se rejoignent : le service public est partout en cure d'austérité, et celles et ceux qui le font vivre, élèves, usager·es comme agent·es public·ques, sont invités à se résoudre à la pénurie. Le projet de budget du gouvernement pour 2027 propose des coupes budgétaires de 54 milliards d’euros. Et pendant ce temps il continue à réduire ses recettes en allègeant la surtaxe sur les grands groupes : ce sont déjà 3 milliards d’euros qui auraient pu financer les services publics. Évidemment il ne remet pas en question les 211 milliards d’euros distribués chaque année sans contrôle ni contrepartie aux entreprises : ces aides aux entreprises sont en réalité le premier budget de l’Etat, qui pourrait créer chaque année 3.4 millions d’emplois publics !