L’absurde est un ressort artistique bien connu et souvent apprécié. De Charlie Chaplin aux visiteurs en passant par Les Nuls, combien d’artistes nous ont émus, invités à réfléchir ou tout simplement amusés avec ce fameux ressort tragico-comique ? Malheureusement, l’absurdité appliquée en milieu professionnel n’est ni rigolote, ni émouvante, ni émancipatrice. Elle est cause de souffrance et de démotivation. Ainsi en va-t-il tout particulièrement à la DGSNU où le quotidien des agents est affecté très concrètement par un environnement kafkaïen et un pilotage par l’absurde. Entre les postes non pourvus, l’état de crise permanente et un processus de réorganisation qui échappe aux agents, il n’est pas étonnant que les couacs se succèdent en cascade. La CGT est déjà intervenue pour dénoncer des pratiques et des modes d’organisation dysfonctionnels, mais elle n’a visiblement pas été entendue.
Une crise permanente peut-elle encore être appelée une crise ?
Nous nous souvenons tous de l’épisode des astreintes 2023 pour tenter de pallier les difficultés de transports pour les séjours SNU. Nous avions obtenu de la direction que :
- le cadre légal de recours aux astreintes soit exposé aux agents ;
- les agents puissent bénéficier au choix d’une rémunération en compensation ou d’une récupération en compensation de ces astreintes ;
- les conditions d’exécution du marché des transports soient analysées et que le marché soit dénoncé et rompu si l’analyse faisait état de défauts du transporteur.
Mais les promesses n’engagent parfois que ceux qui y croient. Ainsi l’analyse du marché des transports, confiée aux IG se trouve toujours quelque part dans un carton ministériel quelconque et aucune information y figurant n’a été partagée. Seule la ministre en connait le contenu. En attendant le marché n’a toujours pas été dénoncé et, chat échaudé craignant l’eau froide, la DGSNU, peu convaincue de la fiabilité du transporteur a décidé de monter une cellule de crise avec astreintes généralisées de février à juillet 2024 !
La création de cette cellule pose une fois encore la question de l’opportunité des décisions prises en matière d’organisation du travail. Il ne faudra pas moins de trois personnes pour coordonner cette cellule ! Le syndrome de la passion exacerbée à nommer des chefs et experts à frapper à la DGSNU (une fois de plus, voir ci-dessous). Et encore faut-il rappeler que des cellules de crise existent. Quid des synergies avec le HFDS ? Est-il bien utile de dévoyer les missions pédagogiques par exemple ou d’ingénierie territoriale sur lesquelles ont été recrutés certains agents, dont les profils ne correspondent en rien à la gestion opérationnelle de crise au risque de les épuiser physiquement et moralement ? Surtout si le principe de récupération est dénié par la hiérarchie au regard de la faiblesse des effectifs et de la nécessité de s’appuyer sur des agents pour se substituer aux pilotes de gestion de crise, qui ne paraissent guère outillés pour répondre à l’exigence de la mission. Et pour quels objectifs ? Remonter les dysfonctionnements ou résoudre ceux qui ne manqueront pas de survenir, notamment au regard de l’accroissement des transports avec le nouveau dispositif CLE ? Décidément, le SNU est en passe de devenir durablement le nouveau tonneau des danaïdes… Stupéfiant ! Une crise permanente est-elle encore une crise ? Voilà un sujet sémantico-philosophique des plus intéressants. Vous avez 4h pour envoyer vos copies à cgteducaction.syndicat-ac@education.gouv.fr, notation impartiale et objective garantie !
Autre promesse suspendue : le paiement des astreintes. Pour l’instant, les agents ayant demandé compensation financière de leurs astreintes n’en ont pas vu la couleur. Mais comme par enchantement, c’est au moment où la DGSNU impose de nouveau aux agents des astreintes que ces derniers sont invités à rappeler leur demande de compensation financière. Hasard ou réalité scientifique ? Gageons qu’à l’aune de cet étonnant télescopage temporel, l’administration daignera verser rapidement aux agents leur dû. Et quid des astreintes de nuit ? Heureusement que l’administration ne dispose pas de ligne budgétaire pour acheter des lits de camp, la DGSNU aurait été capable d’improviser une caserne en son sein pour réveiller l’esprit de brigade qui sommeille en chacun de nous.
De l’art de passer son temps à se réorganiser sans jamais s’organiser
Cette cellule de crise est le dernier avatar de la désorganisation permanente de la DGSNU. Rappelons que l’actuelle DGSNU a eu 6 mois pour préfigurer la délégation ; qu’à l’issue de ces 6 mois, l’organigramme décidé était des plus minimalistes (voir PJ), a été unanimement rejeté par les représentants du personnel et n’a de toute façon jamais été appliqué tel que présenté. Qu’il a été décidé de revoir cet organigramme mort-né. Que les agents n’ont une fois de plus pas été associés réellement à la réflexion de ce futur nouvel organigramme. Et ce n’est pas en faisant semblant de les faire travailler en séminaire le 29 janvier que leurs avis seront effectivement considérés. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, nous avons du mal à croire que les personnes qui ont eu 6 mois pour décider d’une organisation qui n’a jamais vu le jour auront les capacités à penser de manière efficace la future organisation.
Face à l’impossibilité de la direction de produire un semblant d’organigramme réel, nous avons décidé à la CGT de le produire et vous le trouverez en PJ. Il n’est peut-être pas complètement exact et pour cause : les agents de la DGSNU ont dû se passer d’un organigramme partagé depuis sa création en août 2023 ! C’est assez dingue quand même. Pas étonnant que les ordres succèdent aux contre-ordres, que les missions des agents soient modifiées tous les 4 matins au gré de la fluctuation des besoins, que les injonctions tombent les vendredis avec une liste des courses dignes des usines à gaz les plus abouties, pour des délais de rendu impossibles à tenir. Et tout ça sans prendre la peine de parler avec les agents concernés : ça serait mettre trop d’humain dans les méthodes d’encadrement alors que l’envoi de mails de commande et la consultation d’excel de suivi suffisent largement à exercer l’art d’encadrer.
Cette absence d’organisation est le reflet de l’absence de pilotage et d’anticipation, mais aussi de l’incapacité de la direction à prendre des décisions structurant l’activité. Enfin, pour celles et ceux qui prendront le temps d’ouvrir l’organigramme proposé par la CGT, vous pourrez constater de nombreuses curiosité (voir PJ).
Une pyramide inversée
Et oui ! Parmi les 22 ETP actuellement en poste (sur 31 postes à pourvoir, mais c’est encore une autre question sur laquelle nous prendrons le temps de revenir plus tard), seuls 6 agents sont placés en bas de l’échelle de l’autorité hiérarchique et fonctionnelle. La DGSNU est une véritable armée mexicaine : tout le monde y est chef ! Les 16 autres agents sont soit dans la hiérarchie, soit directement rattachés à des supérieurs, soit membres de cabinet. Cabinet qui à lui seul parvient à réunir pas moins de 5 personnes. Quand même, sur 22 c’est une proportion non négligeable. Bref, à force de nommer des experts et autres conseillers plus ou moins spécialisés, les injonctions paradoxales se multiplient pour les petites mains exécutantes en sous-effectif chronique.
Recruter ou ne pas recruter ? That is ze question ?
Alors que la direction constate elle-même un sous-effectif structurel et un turn-over important la politique de recrutement est surprenante. Sur les 31 supports d’emplois dont dispose la SNU, seuls 22 agents sont à ce jour en poste, soit 30% de postes vacants. C’est énorme. Et malgré ce contexte la direction refuse des candidats pour d’obscures raisons. Face à l’augmentation du nombre « d’engagés » liée au déploiement des CLE, la direction nous avait annoncé une cible de 50 emplois. C’est pas gagné. Et en bout de chaîne, ce sont bel et bien les agents de la DGSNU qui souffrent de surcharge, dont les causes sont multiples et parfois incompréhensibles.
Face à ce tableau aussi désespérant que surprenant, les agents de la DGSNU apparaissent particulièrement extérieurs aux services du SGMENJS. Géographiquement déjà, la DGSNU est isolée et éloignée des autres sites. Fonctionnellement ensuite, nous pensons que le SAAM devrait davantage accompagner ce service pour les aider à se structurer de manière plus efficace et satisfaisante pour les agents. L’organisation du précédent gouvernement enfin plaçait de fait la DGSNU légèrement à côté du SGMENJS avec un secrétariat d’Etat spécialement dédié. Ainsi, la DGSNU est structurée en électron libre dont personne dans l’administration ne peut lutter contre la dérive.
Pour tenter de remédier à ces dysfonctionnements systémiques, nous demandons à ce que le SAAM travaille en étroite collaboration avec les agents de la DGSNU, les organisations syndicales et la direction de la DGSNU pour trouver des solutions pérennes et durables pour améliorer l’organisation du travail, étudier le marché transport et recruter les personnels nécessaires.
En attendant ; nous vous invitons toutes et tous à lire l’excellent livre de Thomas Coutrot et de Coralie Perez Redonner du sens au travail : une aspiration révolutionnaire et/ou à regarder la conférence organisée par la CGT avec Thomas Coutrot et/ou à lire le compte-rendu de cette conférence en PJ. Les causes de la perte de sens au travail y sont explicitées et ses conséquences en terme de souffrance bien analysées. Nous offrirons très prochainement un exemplaire du livre à madame la déléguée générale qui serait forte inspirée de s’empresser de le lire…